Le complexe d’Œdipe n’existe pas.

Le complexe d’Œdipe, théorie mise au point par S. Freud vers 1900, est fortement ancré comme une vérité absolue chez nombre de psychologues/psychanalystes et au sein de la société. En effet, difficile de remettre en cause le « père de la psychanalyse » qui a tant marqué l’Histoire.

La théorie du complexe d’Œdipe veut que, autour de 4 à 6 ans, l’enfant soit attiré par son parent de sexe opposé et souhaite la disparition de son parent de même sexe. Selon Freud, l’enfant est dominé par ses pulsions sexuelles (prolongation du stade phallique = lié au pénis) et cherche à séduire l’objet de son désir et plaisir fantasmé.

Le nom « Œdipe », se réfère à la mythologie grecque :
Laïos et Jocaste, couple royal de Thèbes, reçoivent comme prophétie que leur fils tuera son père et épousera sa mère. Lorsque leur fils naît, Laïos cherche à le tuer mais Œdipe survit. [Attention spoiler] Il finit sans le savoir par réaliser la prophétie alors même qu’il tente d’en échapper. Il tue son père et épouse sa mère.
Notez ici que Freud, s’il se réfère à la mythologie, en a « inversé » les rôles dans son complexe. Là où Œdipe est victime de ses parents qui cherchent à le supprimer et accomplit la prophétie contre sa volonté, Freud considère que c’est l’enfant qui est responsable de la séduction de son parent.

Pourquoi la théorie persiste ? Quelle alternative ?

Parce que, en plus d’être très ancré dans les esprits, le complexe d’Œdipe a le mérite d’expliquer un certain nombre de comportements des enfants :
Intérêt pour les organes génitaux
Intérêt pour les genres
Questions sur le couple, la famille, les bébés
Enfant qui souhaite se marier avec son parent ou dit en être amoureux
Exclusivité pour l’un des parents

« Œdipe » pourrait être une explication facile à ces comportements, permettant par la même occasion de se dé-responsabiliser : « C’est normal, il fait son Œdipe ! ».
Mais si ce n’est pas le complexe d’Œdipe qui est responsable, comment expliquer ces comportements ?

On le sait, l’enfant est un petit scientifique qui a besoin d’expérimenter pour comprendre le monde qui l’entoure : observer, toucher, comparer, tester…
On le sait aussi, l’enfant est dépourvu de toute sexualité au sens que l’adulte s’en fait et son plaisir sexuel potentiel est au même niveau que n’importe quel plaisir pour lui.
De même, avant 5-6 ans et la prise de conscience de la pudeur, l’enfant porte un regard neutre et innocent sur le sexe. Ainsi, quand il cherche à toucher/regarder son sexe ou celui de quelqu’un d’autre (dont le parent), il le fait par pure « curiosité scientifique » afin de comprendre ce qu’est le sexe et pourquoi il existe une différence entre fille et garçon.
Attention, il est tout de même nécessaire de lui apprendre progressivement les notions de consentement et de limite de chacun. Dans ce cas, n’hésitez pas à lui proposer d’autres outils comme des livres.
L’enfant a une forte capacité à ressentir les émotions et les non-dits. Le sujet du sexe en particulier suscite des émotions et donc la curiosité des enfants. Rares sont les parents à oser dire la vérité ou utiliser le vocabulaire réel, quand le sujet n’est pas carrément tabou. Une explication simple, réelle, dénuée de jugement et de projection est le meilleur outil pour que l’enfant passe à autre chose de façon équilibrée.

Concernant l’enfant qui souhaite se marier ou qui dit être amoureux, il faut se pencher du côté de l’immaturité intellectuelle et psychologique de l’enfant.
En effet, la notion de temps de l’enfant est différente de la nôtre et il n’a pas encore notre capacité de projection. L’enfant va, par imitation, vouloir ressembler à ses parents et reproduire le schéma familial. Mais, avant 5-6 ans, la capacité de calquer un schéma défini en changeant les protagonistes n’est pas toute a fait acquise. L’enfant essaie d’imaginer sa vie quand « il sera grand » mais il peut imaginer qu’il va se marier avec un de ses parents, ou que son petit frère sera son bébé… Il n’arrive pas encore à visualiser de façon claire que tout le monde va vieillir/grandir et pas seulement lui.
Et un petit enfant qui dit qu’il est amoureux, cela veut simplement dire qu’il aime. C’est plus tard que la notion de couple et d’amour « différents » seront acquises.

À propos de l’exclusivité qu’un enfant peut porter à ses parents, cela n’est pas réservé à la tranche d’âge « Œdipe » ; elle existe à tous les âges de façon plus ou moins prononcée et est variable. Elle est souvent en lien avec la qualité des figures d’attachement ou les besoins de l’enfant à l’instant T.

Les comportements de l’enfant sont réels, c’est le fait de les voir à travers le complexe d’Oedipe, souvent mal interprété en plus, qui pose problème. Cela pose un postulat erroné que l’enfant cherche à séduire et/ou faire du mal pour répondre à ses propres pulsions.

Un peu d’histoire

On peut se demander pourquoi Freud a pu se tromper à ce point sur ce sujet en particulier. Je pense qu’en réalité, il savait que sa théorie était erronée, ou alors il s’est persuadé du contraire.
En effet, au début de sa carrière, Freud a été particulièrement marqué par les séquelles dont souffraient les enfants et adultes victimes d’abus.
Après un long travail auprès de ses patients, il a déduit que les « névroses » étaient liées à ces abus sexuels (il considère que la pression ressentie lors d’une migraine renvoie à la pression du parent abusif qui maintien l’enfant de force dans une position). Sa « théorie de la séduction », comme elle s’appelle, rendait le parent responsable des traumatismes de l’enfant.
Mais cette théorie fait un tollé à une époque où l’homme est tout puissant et où les abus sur enfant sont monnaie courante.
Freud abandonne donc cette théorie, admettant même dans ses correspondances (avec Wilhelm Fliess, médecin) que cette dernière l’obligerait à accuser son père abusif (pour qui il vouait une admiration sans limite).
Il la remplace par le complexe d’Œdipe et ses théories sur la sexualité infantile, rejetant de fait la responsabilité des abus sur les enfants et leurs pulsions et favorisant l’inceste, même si ce résultat est à l’opposé de ses réelles intentions.
Sa nouvelle théorie, autant acceptée et saluée que fut rejetée la précédente, permet à Freud d’accéder à son statut de grand homme. Il ne reviendra jamais dessus.
Les vies de Freud et de sa famille sont passionnantes et nous éclairent sur bien des aspects de son travail.

 

Œdipe a fait son temps, la psychanalyse a permis d’avancer sur certaines choses, il me semble maintenant primordial de cesser de « croire » en Œdipe afin d’arrêter de prêter aux enfants des intentions néfastes.

 

Isabelle

 

 

Sources/Pour aller plus loin :

 

oeudipe.jpg

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