Intégrer l’enfant au sein de la famille

Il est couramment admis qu’il est important de donner de l’attention aux enfants, pour qu’ils se sentent vus, aimés et exister. Régulièrement, on met en avant que les temps de qualité sont nécessaires et que passer du temps exclusivement avec l’enfant permet de le découvrir et d’apprendre à le connaître (www.familylab.fr).

Effectivement, les enfants ont besoin de se sentir exister, d’être utiles, d’avoir une place auprès de nous, mais aussi dans la famille. Parfois, se concentrer uniquement sur ces temps de qualité peut aboutir à l’effet inverse. Un enfant qui devient très demandeur, un adulte qui fatigue et s’énerve, l’impression de se sacrifier pour rien, un sentiment d’exclusion de la part des autres membres de la famille, l’impression que le petit dernier est un chouchou, et tout ce qui peut découler d’une telle situation.

Voici notre famille Lambda : deux parents et trois enfants échelonnés assez différents. Celle-ci pourrait être mono-parentale, recomposée ou homoparentale, la transposée fonctionnera aussi.

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Dans la suite, je vais tenter de détailler les deux situations distinctes mais clairement ce n’est jamais aussi dichotomique. Souvent, c’est un nuancier entre ces deux types de liens familiaux qui existent. Cependant, schématiser cela peut permettre de comprendre et donc de choisir dans quelle direction on décide de s’orienter.

Dans un premier cas, chaque enfant bénéficie d’un ou plusieurs temps dédiés, en fonction de leur besoin apparent. Le besoin apparent est le besoin perçu par les parents en terme de soin, d’attention, d’occupation… mais ce n’est pas forcément le besoin réel de l’enfant. Les parents se dispatchent alors les temps pour chacun afin de couvrir au mieux les demandes des enfants.

Les liens et la famille se représentent ainsi :

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Organisation des nombreux temps privilégiés au sein de la famille

Les parents passent un temps privilégié avec chaque enfant: un jeu, puis le bain, puis des devoirs, puis accompagner l’une à la danse, donner à manger au plus petit, faire à manger pendant que l’autre fait le sac de la deuxième… Bref une succession de temps personnels qui cumulés font de très longues journées et persiste alors l’impression d’avoir donné du temps à tous mais de ne faire que répondre aux demandes incessantes de chacun. Et ceci tout en essayant de s’intercaler des temps de qualité parmi ces demandes et non juste répondre aux besoins de dormir, manger,  être rassuré, être au sec… Cette situation est épuisante pour les parents, et le nombre d’interactions augmentent avec le nombre d’enfants. De plus les relations sont schématisées comme “amincies”. Effectivement, plus il y de temps uniquement à deux et plus les autres se sentent “exclus” lors de ce moments surtout s’ils ne sont pas occupés à ce moment là. Ils ont donc l’impression de passer après. La multiplication de ce type d’interaction peut aussi faire apparaître l’expression des désirs plutôt que des besoins, dans la course à cette succession de temps privilégiés, on peut parfois oublier de se poser pour savoir ce qu’il nous manque réellement, que ce soit nous ou les enfants. Et tant que l’on satisfait les désirs plutôt que les besoins, le manque perdure et les demandes incessantes aussi !

Les parents peut alors ressentir le fait de ne pas avoir de temps à eux, de temps pour leur couple, de moments complices, de discussions nécessaires à la construction du foyer. Ce manque génère des tensions, des impressions de se sacrifier pour les enfants et le foyer complet en souffre.

Une seconde possibilité peut être envisagée, c’est d’inclure les enfants dans les activités mêmes des parents, les parents peuvent partager des tâches ensemble ce qui permet de réunir la totalité de la famille. Cuisiner en est un excellent moyen (www.agustoconlavida.es), tout comme les tâches de la vie quotidienne (reseaudesparents.org) ou le week-end si le rythme de la semaine ne le permet pas.

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Organisation de quelques temps partagés au sein de la famille.

Le noyau familial s’agrandit donc à chaque naissance, tout comme la maison ou la voiture, le plus petit peut être inclus par des moyens de portage, d’adaptation du mobilier aux plus jeunes (louisepayet.com – Maria Montessori). Des temps entre deux individus peuvent aussi exister, ce n’est pas exclu, mais c’est au choix de chacun, et non plus subi. Les enfants apprennent à participer activement au bien être du foyer et acquièrent ainsi des capacités de coopération, d’entraide, et développent leur empathie, ce qui leur permet de mieux comprendre et prendre en compte les éventuelles frustrations d’un membre de la famille.

Prenons quelques exemples, parce qu’au départ il faut être un peu ingénieux et surtout avoir la force de réfléchir à comment intégrer le plus grand nombre de membres de la famille sur un temps donné !

 

Si l’espace et l’environnement le permettent, les enfants peuvent vadrouiller (parents-naturellement.com – concept-continuum) entre :

  • S’occuper du jardin, du potager,
  • S’occuper d’un animal,
  • Bricoler,
  • Faire du sport, se défouler…

Ou dans un espace plus restreint :

  • Faire à manger et faire des conserves pour l’hiver,
  • Jouer aux jeux de société ( au sens large ),
  • Participer aux tâches ménagère,
  • Participer à une activité manuelle en cours ( au sens large )…
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Exemple des différentes interactions possibles pour un tout petit allant d’une activité à une autre au sein de la famille.

Toute ces activités sont forcément faites par un ou plusieurs adultes à un instant donné. Parfois la totalité. Le point à relever est que les adultes sont en cours sur ces différentes tâches et les enfants viennent se greffer d’eux même ou générer une autre activité en cours s’ils le désirent.

Dans l’exemple, le plus petit se déplace d’une “activité” à l’autre pour apprendre par lui-même. Le groupe de 3 est considéré comme faisant une activité ensemble. Ils sont dans la même pièce et même si la tâche effectuée est totalement différente, ils échangent beaucoup entre eux. Il n’a pas de temps dédié mais partage énormément au final et apprend par lui-même. Même s’il n’est que dans les bras ou dans un moyen de portage.

L’intérêt c’est que le parent fait l’activité dont il en a envie, ou besoin, et les enfants peuvent découvrir et apprendre plein de choses différentes ou sont libres de vaquer à leurs propres occupations. Tenter de proposer une unique activité pour tous peut-être possible mais plus le nombre de membres de la famille augmente et plus il est compliqué pour chacun de s’y retrouver. Par exemple, chez nous, une fois par an, nous avons la mémorable “soirée des petits pois”. On écosse et on met sous vide les petits de pois de l’année jusqu’à parfois plus d’1h du matin, un des meilleurs souvenirs des petits chez nous (de 4 à 13 ans). Finalement les petits pois, c’est marrant pour les petits qui finissent par se coucher assez vite, ensuite les plus grands peuvent avoir de grandes discussions assez sympathiques avec nous. Mais ça reste exceptionnel, un peu comme le réveillon de Noël. Pour éviter que l’un des membres de la famille s’ennuie pendant une telle activité, et n’apprécie pas le moment passé ensemble, il est souvent nécessaire de laisser la possibilité de sortir de l’activité puis d’y revenir lorsque l’on y trouve plus d’intérêt.

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Activité commune à toute la famille avec possibilité d’aller et venir en fonction des envies et besoins de chaque membre de la famille.

Il y a aussi les “figures imposées” : les activités des enfants, nos propres activités, des rendez-vous sans pouvoir laisser les enfants à la maison. Le mieux est de tenter de combiner deux activités en même temps pour ne pas s’étaler sur ce type de temps très chronophages ou de pouvoir trouver une activité sympa pour les petits lorsque nous avons nos propre rendez-vous peu attractifs pour eux (jeu de société, goûter à prendre, cahier de dessin, livre, visite de musée, d’exposition, avant ou aprèsallaitement…).

A la différence de la première organisation, les participants sont donc libres d’entrer et de sortir de chacune des activités (sauf les rendez-vous imposés), il n’y a pas d’exclusion ressentie puisqu’un enfant va plutôt penser : “j’ai pas envie d’aller dehors par -10°C pour aller apprendre à couper du bois” que “papa veut passer du temps qu’avec mon grand frère en coupant du bois”.

Par contre, il ne faut pas s’attendre à des miracles, parfois ils viennent pour peler 1/10ème de carotte puis finalement le chat a besoin de câlins ou alors… la carotte n’est jamais vraiment pelée. Mais ce n’est pas grave, plus ils grandissent, plus ils s’améliorent en dextérité et plus ils en font. Le tout est d’accepter que ce ne soit pas fait parfaitement et de ne pas oublier que l’enfant s’intègre aux activités du parent, si le parent part et laisse l’enfant faire seul, le petit ressent surtout qu’il est “exploité” et non qu’il “aide”.

Il ne faut pas non plus essayer de se torturer l’esprit pour tout changer d’un coup, l’épuisement n’aide en rien. Petit à petit, quand on a le courage de supporter des carottes à moitié pelées et des petits qui râlent parce que c’est dur, on peut lancer l’activité cuisine pour cette fois là. Puis tout doucement, ça prendra sa place. L’enfant sera fier d’avoir préparé les carottes du repas et finalement on aura passé un bon moment. 😉

Marmou

  1. Parents naturellement : le concept du continuum
  2. Rapport de Recherche. Involving children in meal preparation. Effects on food intake. Klazine van der Horst , Aurore Ferrage , Andreas Rytz
  3. Formations positives : Les tâches ménagères
  4. Louise Payet: L’enfant dans la famille de Maria Montessori
  5. Reseau des parents : Les tâches ménagères
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